Chaque automne, la même surprise attend de nombreux freelances : un avis de CFE arrive dans l'espace professionnel, avec une échéance de paiement mi-décembre. Pour ceux qui travaillent depuis chez eux, sans local ni salariés, l'idée de payer une « cotisation foncière » paraît même absurde. Pourtant, la CFE concerne presque toutes les activités indépendantes, en micro-entreprise comme en société.
L'objectif de cet article : comprendre à quoi correspond la CFE, qui la doit, comment elle est calculée, et comment éviter les erreurs de déclaration ou de trésorerie.
Qu'est-ce que la CFE ?
La cotisation foncière des entreprises (CFE) est l'une des deux composantes de la contribution économique territoriale (CET). Elle est due à la commune ou à l'intercommunalité où l'entreprise dispose de locaux ou exerce son activité, au 1er janvier de l'année d'imposition.
Elle repose sur la valeur locative des biens immobiliers utilisés pour l'activité. Pour un freelance qui travaille à son domicile, il n'y a pas de local professionnel distinct, mais la CFE s'applique quand même, sur la base d'une cotisation minimum fixée par la commune.
À ne pas confondre avec la CVAE, l'autre composante de la CET, réservée aux entreprises de taille bien supérieure et en cours de suppression progressive.
Qui doit la payer ?
En principe, toute personne qui exerce une activité professionnelle non salariée en France au 1er janvier :
- les micro-entrepreneurs et entrepreneurs individuels
- les dirigeants de SASU, EURL ou SARL, au titre de la société (la CFE est due par la société, pas par le dirigeant)
- les professions libérales, y compris celles qui exercent en coworking ou à domicile
Le fait de ne pas avoir de salarié ni de local à soi ne dispense pas de CFE. En revanche, plusieurs exonérations existent.
Les exonérations à connaître
La première année d'activité
Une entreprise nouvelle est exonérée de CFE l'année de sa création. L'exonération porte donc sur la première année civile, quelle que soit la date de début d'activité dans l'année. La CFE est ensuite due à partir de l'année suivante.
Une déclaration de début d'activité est à déposer auprès du service des impôts des entreprises (SIE) pour la première année : le formulaire et les délais sont à confirmer sur impots.gouv.fr, car une omission peut entraîner une imposition d'office.
Dans la pratique, la deuxième année est souvent la première où l'on paie : prévoyez-la dans votre trésorerie.
Les faibles chiffres d'affaires
Les entreprises dont le chiffre d'affaires ou les recettes annuelles ne dépassent pas 5 000 euros sont exonérées de la cotisation minimum. Ce plafond est à vérifier chaque année dans la loi de finances en vigueur.
Autres cas particuliers
Certaines communes ou zones géographiques (zones de revitalisation, quartiers prioritaires) peuvent prévoir des exonérations ou réductions. Ces dispositifs dépendent de la localisation de l'activité et de décisions locales : il faut les vérifier au cas par cas.
Comment est calculée la CFE d'un freelance ?
Pour un freelance sans local professionnel, le calcul est simple : c'est la cotisation minimum. Elle est fixée par chaque commune dans une fourchette légale, selon le chiffre d'affaires de l'entreprise (plusieurs tranches existent). Plus votre chiffre d'affaires est élevé, plus la base minimale applicable est élevée, mais le montant reste le plus souvent modéré pour un freelance seul.
Si vous louez un bureau ou un local, la CFE est calculée sur la valeur locative cadastrale de ce local, à laquelle s'applique le taux voté par la collectivité. Le montant peut alors être sensiblement plus élevé.
Le montant exact figure sur votre avis, disponible dans votre espace professionnel sur impots.gouv.fr. Il varie d'une commune à l'autre : pour un freelance installé dans le Val-de-Marne ou à Paris, il vaut mieux se référer à l'avis reçu plutôt qu'à une moyenne nationale.
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Calendrier : déclaration et paiement
Le paiement
La CFE est payable en une fois, au plus tard le 15 décembre de l'année d'imposition (date à confirmer chaque année sur l'avis). L'avis est en général mis à disposition en ligne à l'automne. Le paiement se fait par prélèvement ou par paiement en ligne.
Un acompte de 50 % est exigible au 15 juin lorsque la cotisation de l'année précédente dépasse 3 000 euros. Cela concerne surtout les entreprises avec locaux importants, rarement les freelances seuls.
Vous pouvez opter pour la mensualisation, qui lisse la CFE sur plusieurs mois et soulage la trésorerie. L'option se fait dans votre espace professionnel, avec des délais à respecter.
La déclaration
Les freelances sans local n'ont en principe pas de déclaration annuelle de CFE à déposer, hors déclaration de création ou changement de situation. Si votre situation change (déménagement, ouverture d'un local, cessation d'activité), une déclaration de modification doit être faite.
CFE et cessation d'activité
La CFE est établie d'après la situation au 1er janvier. Si vous cessez votre activité en cours d'année, la cotisation de cette année reste donc due. Les formalités de cessation auprès du SIE (et du guichet unique) sont à effectuer dans les délais, pour éviter toute imposition l'année suivante.
CFE : une charge déductible
Que vous soyez en société ou en réel, la CFE est une charge déductible du résultat. En société, elle est comptabilisée dans les impôts et taxes. Elle fait partie des charges déductibles à prévoir dans votre budget annuel. En micro-entreprise, il n'y a pas de déduction réelle : l'abattement forfaitaire est censé couvrir vos charges.
Les erreurs à éviter
- Oublier de provisionner la CFE après l'année d'exonération
- Ne pas consulter l'espace professionnel et rater l'avis
- Penser que « micro-entreprise » signifie « sans CFE »
- Ne pas vérifier l'éligibilité à l'exonération à chaque début d'année
- Mélanger CFE et taxe d'habitation ou taxe foncière : ce sont trois impôts distincts
CFE et choix du statut
La CFE ne doit pas décider seule du statut de votre activité, car son montant est limité par rapport aux autres enjeux : cotisations, fiscalité, protection. Si vous hésitez entre micro-entreprise et société, la comparaison pertinente passe plutôt par le choix entre SASU et EURL et par votre niveau de rémunération. En revanche, anticiper la CFE dans votre budget fait partie d'une bonne gestion, comme le rappelle aussi notre calendrier fiscal.
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